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Bakchich

28 Mai 2008, 14:40pm

Société générale, Kerviel avait fait école

LITIGE / mercredi 28 mai par Laurent Léger 
 Durant une assemblée générale houleuse, les actionnaires de la Société Générale ont dénoncé, hier mardi, la gestion spéculative de la banque. Au delà du cas Kerviel, de modestes clients ont été emportés par cette folie. Ainsi ce chômeur, devenu spéculateur, qui a pu « jouer » dix millions d’euros en bourse en un an, en octroyant ainsi de confortables commissions et agios à la banque.

« On est là pour vous aider », a longtemps assuré la Société générale. Parfois plus que de raison. Confiant en 2001 l’intégralité de ses économies – un beau matelas de 900 000 euros – à une agence Société générale du Sud de la France, Bruno [ndlr : son prénom a été modifié] souscrit un PEA et une assurance vie maison, se mettant à acheter des actions. Mais en juillet 2002, du jour au lendemain, patatras : le magasin ferme et Bruno est viré. Le directeur de l’agence lui ouvre à ce moment-là un compte en ligne lui permettant de boursicoter sur Internet en passant lui-même ses ordres. Sur le Net, on peut réaliser des opérations tant que le plafond n’atteint pas les 300 000 euros. Bruno est un homme heureux/chanceux : ses placements lui rapportent de l’argent. Au moins au début…

Encouragé par ses gains boursiers, il se met à miser gros – des opérations qui flirtent avec le million d’euros, voire plus. A chaque fois, il effectue des retraits de son assurance-vie. A chaque fois, dépassant le plafond, il donne un coup de fil au patron de l’agence de la Générale, qui passe les ordres en son nom. En 2005, la banque lui aurait conseillé d’acheter puis revendre rapidement (c’est-à-dire après deux jours…) des titres Bouygues. Objectif : toucher un dividende par action de 5 euros. Bruno achète donc pour 3,45 millions d’euros et revend à 3 millions. La perte est compensée par les gains de dividendes, même si Bruno doit payer des impôts sur l’opération. La banque touche sa petite commission : plus de 20 000 euros. A la même époque, l’agence prête à son client chômeur-boursicoteur 200 000 euros pour sa maison, et va même lui avancer de l’argent. Entre 2003 et 2007, le total des opérations bancaires s’élève à plus de 38 millions d’euros. Pas négligeable. « La Société générale a gagné 450 000 euros sur son dos en agios et commissions en l’incitant à spéculer en bourse, sans couverture », s’indigne le conseil de Bruno, l’avocat parisien Daniel Richard.

600 000 euros de découvert à rembourser

En 2006, le miroir aux alouettes se fendille. Les premières pertes importantes surviennent, notamment sur des actions Alcatel. Mais la spéculation continue sans filet, jusqu’à la nomination en septembre 2007 d’un nouveau patron de l’agence, qui ferme son compte de bourse en ligne. Après cinq ans de cette lune de miel entre la Société générale et sa poule aux œufs d’or, la banque lui interdit toute transaction boursière et lui demande de combler son découvert : 600 000 euros, auxquels s’ajoutent le remboursement de l’avance et du prêt immobilier. Il reste tout de même à ce chômeur sans revenus un portefeuille d’actions de 200 000 euros mais l’intéressé doit, chaque mois, rembourser 6100 euros à la banque. Rien que ça.

Pour se payer, la Générale exige même début 2008 de bloquer ses comptes et saisir ses actions, sa maison et son assurance-vie. Elle envoie à son domicile un employé tenter de faire signer à Bruno des documents puis assigne ce dernier début avril à lui payer un découvert de 600 000 euros et lui inflige une hypothèque sur sa maison. Pour Bruno et son avocat Daniel Richard, pas de doute : la Générale l’a incité à spéculer dans le but de s’octroyer de généreuses commissions. Mardi 27 mai, l’avocat de la Société générale n’a pas donné suite au coup de téléphone de Bakchich.

Ça se passe comme ça, à la Société générale.


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