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l'Express

3 Mai 2005, 00:00am

Publié par Richard

L'Express du 24/07/2003
Bénéfic
La Poste passe à la caisse

par Bruno Abescat

En 1999, le service public lançait Bénéfic, un produit dit «à promesse de rendement»... Aujourd'hui, voilà qu'il verse les premières indemnisations

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«En matière d'épargne, il y a des placements qui se contentent de tirer des plans sur la comète... Et puis, il y a les solutions d'épargne qui, comme Bénéfic, annoncent clairement leur objectif et se donnent les moyens de l'atteindre!» Signé: «Votre conseiller financier.» Voilà trois ans, La Poste n'y allait pas de main morte pour attirer le chaland. Avec succès: ils furent 300 000 clients à souscrire, en 1999 et en 2000, à cette offre. «Demandez-nous la lune!» vantait la plaquette publicitaire du groupe public... Aujourd'hui, l'atterrissage est rude. «Maléfic», selon le mot d'un épargnant grenoblois, s'est déjà soldé pour ses détenteurs par des baisses allant de 12,2 à 35,8%, quand la plupart croyaient qu'ils ne risquaient rien. Depuis, l'aventure postale soulève un joli tollé et les plaintes s'accumulent. Mais, pour une fois, cette grogne n'a peut-être pas été vaine: La Poste aurait accepté, ces jours-ci, d'indemniser 19 de ses clients (à hauteur de 50% de leurs pertes pour 10 d'entre eux et totalement pour les 9 autres) - tous soutenus par Me Daniel Richard. Et ce n'est sans doute qu'un début. Cet avocat spécialisé dans la défense des épargnants se fait fort d'obtenir réparation pour une trentaine d'autres souscripteurs d'ici à la fin du mois. Plusieurs associations d'usagers se sont par ailleurs emparées du dossier. Dernièrement, un groupe limousin de «victimes financières de La Poste»!

Information sujette à caution
Comment en est-on arrivé là? A la fin des années 1990, le groupe public lance Bénéfic, un fonds commun de placement diversifié, dit «à promesse de rendement», indexé sur l'évolution d'un indice boursier (le CAC 40 ou l'EuroStoxx 50). Cinq tranches, d'une durée de trois ans, sont proposées à la clientèle: les trois premières seulement (ouvertes entre octobre 1999 et mars 2000) sont parvenues à échéance. Ici, le mécanisme du produit n'est pas mis en cause. En revanche, l'information fournie est, pour le moins, sujette à caution. La présentation de Bénéfic, à coups de slogans alléchants, mettait l'accent sur les chances de gain sans éclairer sur les risques de perte. Bénéfic promettait «+ 23% à trois ans, que l'indice CAC 40 fasse 0% ou plus». Ce qui était moins explicite, c'était si l'indice vedette de la Bourse de Paris venait à chuter davantage. Le capital des épargnants était alors bel et bien entamé!

Il y avait, certes, une rubrique «informations consommateurs». Mais elle était peu lisible et guère compréhensible. Commentaire de Me Richard, dans une lettre adressée, le 12 mai dernier, au président de La Poste, Jean-Paul Bailly: «Il faut aller jusqu'au point 4 pour découvrir l'explication suivante, dont la clarté, vous en conviendrez, n'est pas évidente: «La valeur liquidative (VL) de Bénéfic [...] sera égale à la VL de référence, majorée de 23% et diminuée de la baisse éventuelle du CAC, mesurée en pourcentage.»» Qu'un tel document émane d'un service public comme La Poste, synonyme pour beaucoup de Français de sécurité, apparaît, bien sûr, d'autant plus choquant.

Nombre de particuliers estiment en tout cas avoir été abusés. Et pas seulement les plus modestes. Témoin, ce chef d'entreprise parisien qui a souscrit, le 29 novembre 1999, à hauteur de 2 millions de francs (environ 305 000 €) et qui a désormais perdu près du quart de sa mise. A La Poste - où 2 000 réclamations ont, à ce jour, été enregistrées - le directeur général délégué, Patrick Werner, soutient «avoir vendu Bénéfic comme un produit de diversification». «Les souscripteurs de Bénéfic, fait-il valoir, ont d'ailleurs en moyenne investi 4 800 €. Un chiffre à rapporter à une surface financière pour chacun d'entre eux à La Poste de l'ordre de 47 000 €.»

Quoi qu'il en soit, le groupe public n'est pas au bout de ses peines. Car l'affaire risque de rebondir et, cette fois, devant les tribunaux. Me Richard a assigné l'établissement au civil pour défaut de conseil et d'information. Des jugements pourraient être prononcés dès la rentrée. De son côté, l'Association française des usagers des banques (Afub) - qui recense déjà «plus de 4 500 réclamations écrites», selon son secrétaire général, Serge Maître - s'apprête, ces jours-ci, à déposer une première plainte groupée (rassemblant une centaine d'épargnants) devant le tribunal correctionnel de Paris pour «publicité trompeuse» et une autre, à la rentrée, au civil. Quel que soit le résultat, l'ensemble des banquiers, qui ont tous lancé des produits de ce type, seraient bien avisés, demain, de réfréner leurs ardeurs commerciales.

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