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La Croix le 27 Septembre 2009

28 Septembre 2009, 19:49pm

Daniel Richard : « La révolte des épargnants naît d'un sentiment d'injustice»


« La Croix » publie en exclusivité des extraits du livre de Daniel Richard, avocat spécialisé dans la défense des consommateurs face à leur banque

Votre livre s’intitule La Révolte des épargnants (1). Cela veut-il dire qu’il y a de plus en plus d’affaires en justice ?

Daniel Richard : Incontestablement. Pendant longtemps, en effet, les épargnants n’osaient pas attaquer leur banque en justice, car ils estimaient avoir peu de chance de gagner. Mais depuis une quinzaine d’années, le plus souvent après chaque krach boursier d’ailleurs, ils n’hésitent plus à saisir les tribunaux.

Aujourd’hui, la crise financière et les bonus des traders semblent même les avoir décomplexés. Les épargnants se rendent bien compte que les dirigeants des banques vivent sur une autre planète, qu’ils n’ont pas été sanctionnés, et que si l’on ne fait rien, tout recommencera comme avant. La révolte naît justement de ce sentiment d’injustice.

Les scandales financiers ont toujours existé. Qu’est-ce qui change aujourd’hui ?

Ce qui est nouveau, c’est la sophistication des produits financiers, dont plus personne ne sait ce qu’il y a dedans. Avec le stratagème de la titrisation, les banques ont transformé en titres des créances douteuses qu’elles avaient sur des clients insolvables. Le tout a été mis dans des sortes de sicav dont les parts ont été vendues aux épargnants. Le pire est que même ceux qui vendent ces produits ne sont pas correctement informés de leur contenu.

À cela, il faut ajouter des produits qui, normalement, ne devraient pas être autorisés en France, mais qui sont commercialisés via certains pays européens, comme le Luxembourg ou l’Irlande, véritables pavillons de complaisance de la finance.

N’oublions pas néanmoins les escroqueries plus classiques, mais qui marchent toujours, comme on l’a vu avec l’affaire Madoff. Elle nous rappelle les scandales de la Garantie foncière et du Patrimoine foncier qui, dans les années 1970, ont fait perdre à quelque 40 000 Français une grande partie de leurs placements.

Les épargnants ont-ils les moyens de se défendre ?

Cela dépend lesquels. Ceux qui disposent d’un gros portefeuille trouvent toujours le moyen de faire valoir leurs droits. Mais les petits épargnants beaucoup moins.

Depuis vingt ans, rien n’a changé pour eux sur le plan juridique et nous ne sommes qu’une poignée d’avocats à les défendre. Il est d’ailleurs dommage que la promesse de Jacques Chirac de créer des « actions collectives » n’ait jamais été suivie d’effet, en raison notamment du lobbying des banquiers.

Contrairement à ce qu’ils prétendent, nous aurions très bien pu mettre en place un système à la française, en évitant les excès des « class actions » dans les pays anglo-saxons. Le système français souffre aussi du fait que les contrôleurs et les contrôlés se connaissent, quand ils n’inversent d’ailleurs pas les rôles durant leur carrière. La plupart ont fait l’ENA, ils fréquentent les mêmes clubs. Ce n’est pas sain.

Avec la crise, peut-on espérer un changement des comportements ?

Une chose a déjà changé : le dogme de l’infaillibilité bancaire n’existe plus. La justice écoute plus les épargnants et il est désormais plus facile de faire condamner une banque. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a aussi mis en place un système de médiation qui fait un gros travail.

Mais il faut aller plus loin. Il faudrait par exemple que la moitié du collège de l’AMF soit composée de représentants des épargnants. Cela n’aurait rien de choquant puisqu’une des missions principales de cette institution est justement la protection de l’épargne.

Recueilli par Jean-Claude BOURBON

(1) La Révolte des épargnants, Éd. du Rocher, 203 p., 16,50 €. Lire des extraits du livre à paraître cette semaine : Doubl'O, une promesse non tenue, Un placement de bric et de broc pour un maçon

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