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La Croix le 27 Septembre 2009

28 Septembre 2009, 19:49pm

Doubl'O, une promesse non tenue



Une offre alléchante mais peu claire de la Caisse d’épargne avec une grosse déception à la clé. Extrait publié en exclusivité par "La Croix" de "La Révolte des épargnants", livre de Daniel Richard, avocat spécialisé dans la défense des consommateurs face à leur banque

« Evelyne Barello est cliente depuis de très nombreuses années de la Caisse d’épargne. Elle habite dans le Var, où elle exerce la profession de comptable. Au mois de juin 2001, son conseiller de l’agence de Fréjus lui a remis une brochure publicitaire concernant le placement Doubl’Ô, qui portait le titre : « Doublez votre capital en six ans. »

Le sous-titre était : « Profitez de ce nouveau placement pour doubler votre capital ou plus en toute sécurité. » Forte de cette promesse, Évelyne Barello a clôturé le plan épargne logement de son fils Tristan, rémunéré à 5,25 % par an. Cette clôture est intervenue le 20 juin 2001. Le même jour, elle a souscrit à 100 parts de Doubl’Ô pour un montant total de 16 059 €.

Six ans après, alors qu’elle s’attendait légitimement à récupérer plus de 32 000 € à l’échéance du produit, elle a déchanté en constatant que, non seulement son capital n’avait pas doublé, mais qu’il avait même été érodé, se montant seulement à 16 002,82 €. Donc, aucun revenu pendant six ans et, en plus de cela, un capital amputé des droits d’entrée !

Le 16 juillet 2007, madame Barello écrit à la Caisse d’épargne Côte d’Azur qui lui propose un dédommagement de 2 570 € qu’elle juge totalement insuffisant. Le 9 octobre 2007, elle est reçue par le responsable des relations clients. Cet entretien s’est fort mal déroulé, ce responsable ayant pris les choses de haut, allant même jusqu’à regretter les propositions d’indemnisation amiable faites par ses collègues, précédents interlocuteurs de Mme Barello.

De plus en plus furieuse, celle-ci s’adresse au groupe Caisse d’épargne à Paris, et plus spécialement à son médiateur. (…) Le 21 février 2008, le médiateur du groupe Caisse d’épargne lui a répondu qu’il lui paraissait difficile d’engager la responsabilité de la Caisse d’épargne (sic) et qu’il lui conseillait d’accepter la proposition de sa caisse locale si celle-ci la maintenait.

Le cas de Mme Barello n’est absolument pas isolé. Elle fait, en réalité, partie des quelque 240 000 souscripteurs du placement Doubl’Ô qui a été lancé par la Caisse d’épargne en 2001 et 2002. (…) Au lieu du doublement attendu, ils n’avaient même pas récupéré, au bout de six ans, la totalité de leur mise d’origine ! Leur capital avait en effet été amputé des droits d’entrée de 3 % et des frais de gestion de 0,7 % par an. (…)

Devant l’afflux des réclamations, les caisses régionales ou locales négocient en ordre dispersé : certaines ne proposent rien ; d’autres se contentent de proposer le remboursement des droits d’entrée ; d’autres encore offrent de rémunérer l’épargne investie pendant six ans au taux du livret B. D’autres, enfin, proposent de rémunérer cette épargne au taux du livret A, plus avantageux.

C’est donc une véritable cacophonie : selon que vous habiterez Brest ou Strasbourg, Lille ou Perpignan, vos chances d’être indemnisé ne seront pas les mêmes ! Tout cela est totalement incohérent. Et de fait, si certaines caisses d’épargne proposent ainsi une indemnisation, si faible soit-elle, c’est bien qu’elles ne sont pas à l’aise avec ce produit et qu’elles savent pertinemment que leur responsabilité est engagée dans cette affaire. Il n’empêche : comment une institution financière de cette envergure peut-elle traiter ses clients avec autant de désinvolture et, pour tout dire, de manque de professionnalisme ?

Supposons maintenant qu’il vous prenne la fantaisie de tenir à vos amis et relations le discours suivant : “Donnez-moi aujourd’hui 1 000 € et je vous en donnerai le double dans six ans.” Au bout de six ans, vous ne leur restituez que 950 €. Bien évidemment, vos amis et relations vont immédiatement vous traiter d’escroc. Et pourrait-on vraiment leur donner tort ?

Bien sûr, dans le cas de Doubl’Ô, les choses sont moins simples : la Caisse vient dire qu’elle n’a pas garanti le doublement, mais seulement la récupération du capital initial investi à l’échéance. Le doublement n’était qu’un objectif.

Par ailleurs, les souscripteurs ont reçu une notice d’information visée par la Commission des opérations de Bourse (COB) qui, selon la Caisse, décrivait parfaitement le fonctionnement des fonds communs de placement Doubl’Ô. La justice appréciera. (…) Mme Évelyne Barello a porté plainte contre X pour publicité mensongère (…). Cette plainte a été enregistrée au pôle financier du parquet de Paris sous le numéro P0827793046 et elle est actuellement à l’enquête. » 

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