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Challenges le 23 juin 2010

25 Juin 2010, 12:51pm

Challenges.fr

Société générale réclame 4,9 milliards d'euros à Jérôme Kerviel


par Matthieu Protard et Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La Société générale a réclamé mercredi 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts à son ancien trader Jérôme Kerviel, poursuivi pour des positions ayant entraîné une perte record du même montant en janvier 2008.

Lors de la onzième audience du procès consacrée aux plaidoiries des parties civiles, les avocats de la SocGen ont une nouvelle fois insisté sur la responsabilité exclusive de Jérôme Kerviel.

"Nous avons décidé de retenir ce chiffre (de 4,9 milliards). Il nous est clairement dû", a déclaré Me Jean Veil, l'un des trois avocats de la SocGen. "Le préjudice est considérable."

"Il s'est servi de la banque comme d'un casino", a ajouté l'avocat.

Compte tenu de son salaire actuel, 2.300 euros par mois, il faudrait théoriquement à Jérôme Kerviel 177.536 années pour indemniser la banque française.

"Retenir la responsabilité pleine et entière de monsieur Kerviel c'est un peu facile", a déclaré devant le tribunal Me Frédérik-Karel Canoy représentant d'actionnaires minoritaires de la SocGen.

D'après le Canard enchaîné, la SocGen pourrait être contrainte de rembourser 1,5 milliard d'euros à l'administration fiscale si le tribunal de Paris retenait une responsabilité de la banque dans la perte de trading.

"Il n'y a pas eu de sujet, il n'y a plus de risque", a dit à Reuters Me Jean Reinhart, autre avocat de la SocGen en réaction à l'article du journal satirique.

Au cours de leurs plaidoiries, les trois avocats de la banque française se sont succédé à la barre pour dénoncer les "mensonges" et les "amalgames" de la défense de Jérôme Kerviel.

L'affaire Kerviel est "l'histoire d'un menteur, d'un faussaire", a attaqué Me Veil.

"Qu'avez-vous fait de vos talents, de votre intelligence, de votre éducation, de la confiance de la banque si ce n'est pour trahir, pour mentir, pour dissimuler sans état d'âme", a dit Me François Martineau, autre avocat de la SocGen.

Poursuivi pour faux, usage de faux, abus de confiance et intrusion frauduleuse dans un système de traitement automatisé des données, Jérôme Kerviel, âgé de 33 ans, encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende.

"ANNÉES FRIC"

Les avocats de la SocGen ont une nouvelle écarté l'argument selon lequel ses supérieurs hiérarchiques connaissaient ses positions vertigineuses sur les marchés et l'encourageaient.

"Les systèmes de contrôle ont été trompés par monsieur Kerviel", a rappelé Me François Martineau. "Les positions directionnelles n'étaient pas dans son mandat."

Me Daniel Richard, avocat de salariés actionnaires de la SocGen, affirme que "sans Daniel Bouton, sans les années Bouton, qu'on a appelées les 'années fric', il n'y aurait pas eu d'affaire Kerviel".

Il a souligné que le fonctionnement des salles de marché et les pratiques de rémunérations contribuent à mettre les traders "sous pression".

"Comment voulez-vous que ça ne donne pas le tournis à ces jeunes traders?", fait-il remarquer.

Devant le tribunal, les avocats des parties civiles se sont une nouvelle fois interrogés sur les motivations réelles de Jérôme Kerviel et sur son profil psychologique.

"Un mystère", selon Me Martineau.

Me Jean Veil a écarté l'idée que Jérôme Kerviel ait agi pour des motifs financiers mais reste perplexe sur "la santé mentale" de l'ancien trader.

"Il n'est pas fou puisqu'un expert l'a dit, j'en conviens. Mais enfin...", a conclu l'avocat.

Me Richard a de son côté souligné que le procès avait davantage permis de cerner le fonctionnement de la SocGen plutôt que la personnalité de Jérôme Kerviel.

"Le 'château fort' Jérôme Kerviel s'est trouvé plus cadenassé que le coffre-fort de la Société générale", a ironisé l'avocat.

Edité par Yves Clarisse

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