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La Croix le 7 juin 2010

7 Juin 2010, 21:44pm

Me Daniel Richard : « Les salariés actionnaires de la banque sont les principales victimes de l'affaire Kerviel »



Me Daniel Richard représente les salariés actionnaires de la banque, qui se sont portés partie civile au procès. Selon lui, ils ont non seulement perdu une partie de leurs économies, mais doivent aussi faire face, depuis, à la méfiance des clients

Entretien avec Me Daniel Richard, avocat

La Croix : Qu’attendez-vous de ce procès ?

Me Daniel Richard : Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur ce qui s’est réellement passé et sur les différents niveaux de responsabilité. Les salariés actionnaires que nous représentons, avec Me Richard Valeanu, se posent les mêmes questions que tous les Français. Comment a-t-on pu en arriver là et peut-on être sûr que tout cela ne va pas se reproduire, même si la Société générale affirme que les mécanismes de contrôle ont été renforcés depuis ? 

Les salariés ont d’autant plus de mal à comprendre que la banque d’investissement ait pu perdre autant d’argent, alors qu’ils ont, quant à eux, le sentiment d’être, tous les jours, extrêmement contrôlés. Dans la banque de détail, le moindre écart de caisse, même de quelques euros, est immédiatement détecté.

Comment évaluez-vous le préjudice des salariés actionnaires ?

Les salariés actionnaires, qui sont dans leur majorité les employés de base de la banque, sont les principales victimes de cette affaire, car ils ont subi un double préjudice. Financier tout d’abord, puisque leur épargne salariale a fondu comme neige au soleil. Le pécule sur lequel ils comptaient pour améliorer leur retraite a perdu 66 % de sa valeur en 2008. Certes, une grande part de cet effondrement est due à la crise financière. Mais nous estimons qu’au moins 20 % sont directement liés à l’affaire Kerviel. 

Les salariés actionnaires ont également subi un préjudice moral. Dès l’annonce de ce scandale, ils ont dû faire face, quotidiennement, aux remarques ironiques ou acerbes de la clientèle, voire à des insultes. Leurs conditions de travail se sont dégradées et cette affaire a fortement terni l’image et la considération de chacun des salariés de l’entreprise auprès du public.

On a pourtant l’impression qu’il existe deux mondes à la Société générale : avec, d’un côté, des dirigeants qui peuvent s’exonérer de leurs responsabilités tout en partant avec de copieuses indemnités et, de l’autre, la piétaille sur qui la direction met la pression. L’ex-président de la banque, Daniel Bouton, bénéficie ainsi d’une retraite dorée d’un million d’euros par an, alors que les salariés n’ont eu droit qu’à la remise d’un guide anti-stress pour faire face à la défiance des clients.

Avez-vous le sentiment qu’à la fin de ce procès les responsabilités auront clairement été établies ?

Le procès risque de tourner à la confusion de la Société générale. On connaît dans les moindres détails ce qu’a fait Jérôme Kerviel, mais on ignore encore beaucoup de choses sur le rôle exact de ses supérieurs hiérarchiques. La banque va donc devoir s’expliquer. On devrait savoir si les failles dans le système de contrôle sont dues à des problèmes techniques ou si l’affaire Kerviel n’est finalement que le symbole de la dérive bancaire en général. 

Des questions se posent également sur le montant des pertes. Le débouclage par la Société générale des positions de son trader s’est fait en trois jours dans la plus grande clandestinité, avec l’autorisation de l’Autorité des marchés financiers, mais sans que les investisseurs soient informés.

À votre avis, est-ce le procès d’un homme ou celui d’un système ?

Cette affaire n’aurait pas eu lieu, ou en tout cas pas avec de telles sommes en jeu, s’il n’y avait pas cette course effrénée à la spéculation. Dans plusieurs interviews récentes, Jérôme Kerviel explique d’ailleurs que, s’il était toujours à son poste, il spéculerait aujourd’hui sur l’euro, comme le font selon lui de nombreux traders.

Recueilli par Jean-Claude BOURBON

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