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Le Figaro le 22 Octobre 2012

29 Octobre 2012, 10:50am

Figaro

 

Un buraliste sanctionné pour le suicide d'un joueur

 

La Française des jeux a retiré cet été son agrément à un buraliste dont un des clients dépensait jusqu'à 16.000 euros par semaine en jeu. Le commerçant assigne la FDJ pour rupture abusive de contrat.

Un buraliste peut-il être responsable du suicide d'un joueur compulsif? La Française des jeux (FDJ) semble le penser. L'organisme, qui régit les jeux de hasard, a retiré cet été son agrément à un buraliste de Trie-Château (Oise), révèle RTL. Ce dernier n'a plus le droit de vendre de tickets de Loto, Rapido et jeux de grattage dans son commerce, car il aurait encouragé un joueur à dépenser toujours plus. Un cas inédit en France.

Le jeune homme en question, âgé de seulement 23 ans mais réputé localement pour vivre confortablement, jouait de 10.000 à 16.000 euros par semaine en avril et mai dernier. Quelque temps plus tard, il s'est suicidé en se jetant d'un pont. Pour La Française des jeux, le buraliste n'aurait rien fait pour dissuader ce joueur compulsif. «En aucun cas, je n'ai incité qui que ce soit», rétorque-t-il sur RTL. «Je l'ai pris à part deux ou trois fois dans mon bar en lui disant qu'il ne devrait pas jouer autant, mais il me répondait “oui, mais je gagne”».

Un avertissement insuffisant face à ce comportement addictif, mais aussi vis-à-vis des obligations réglementaires exigées des détaillants par la FDJ. «Les éléments recueillis montrent qu'il y a eu violation de deux lignes rouges, inscrites clairement dans le contrat du détaillant, à savoir le jeu à crédit et le jeu avec l'argent d'un tiers», détaille un représentant de la FDJ. Le jeune homme en question aurait payé avec des chèques libellé d'un autre nom que le sien. «Nous nous étions déjà inquiétés de la situation à cause de montants de jeu anormalement élevés dans ce point de vente. Quand nous l'avons contacté, à aucun moment le détaillant n'a fait état de problème de comportement de jeu addictif», ajoute-t-on à la FDJ, où l'on reconnaît pourtant la difficulté dans certains cas, de distinguer un gros joueur d'un joueur compulsif.

«Tant que l'argent rentrait, la FDJ n'y voyait aucun mal»

Pour l'avocat du buraliste, la FDJ a sanctionné son client sans aucune preuve, «sans doute parce qu'elle a eu peur du scandale et craint de se voir reprocher la mort du jeune joueur». «Si ce jeune homme ne s'était pas suicidé, la FDJ n'aurait pas retiré les jeux au buraliste. Tant que l'argent rentrait, la FDJ n'y voyait aucun mal!», explique Me Daniel Richard.

Le conseil affirme par ailleurs que son client n'a jamais reçu de formation pour gérer ce type de clientèle à risque. Une affirmation que la FDJ dément, expliquant que tous les nouveaux agrées participent à une formation comprenant un module «jeu responsable». Selon le groupe, le détaillant aurait même bénéficié d'une formation complémentaire en novembre 2007 dans le cadre d'une grande campagne nationale sur les risques d'addiction.

Malgré tout, le buraliste a toutefois le sentiment de «payer les pots cassés», sur une affaire qualifiée d'«hors normes» par l'ex-monopole lui-même. L'homme a assigné la FDJ devant le tribunal de commerce de Nanterre pour rupture abusive de contrat. L'audience est fixée au 22 novembre.

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