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Le Figaro le 9 décembre

10 Décembre 2010, 17:24pm

 

Kerviel : des salariés veulent attaquer la Société Générale

 

Plusieurs salariés entendent poursuivre la banque pour défaut de contrôle, révèle Le Parisien ce jeudi. Ils veulent demander des dommages et intérêts au titre d'un double préjudice moral et financier.

L'affaire Kerviel prend une nouvelle tournure. Si la Société Générale et le Tribunal correctionnel de Paris ont jugé le jeune trader comme le seul responsable de la perte de 5 milliards d'euros, les salariés de la banque estiment que la faute revient à l'établissement. En conséquence, selon les informations du journal LeParisien ce jeudi, quatre agents s'apprêtent à saisir le tribunal de grande instance de Nanterre et à demander à leur employeur des dommages et intérêts au titre d'un double préjudice : moral et financier.

Les plaignants réclament 15.000 euros par salarié. Société Générale compte 157.000 salariés dans le monde en 2010, dont presque 60.000 collaborateursen France. À la Société Générale, on «ne commente pas».

 

Traumatisme pour les salariés

 

«Les salariés, notamment tous ceux qui sont en contact avec la clientèle, ont vécu des moments très difficiles en 2008, lorsque l'affaire Kerviel a éclaté, et les mois suivants. Ils ont eu à subir des moqueries, des quolibets, voire des menaces parce qu'on venait de leur refuser un crédit ou comptabiliser des agios», rapportent Maîtres Richard et Valeanu, les avocats des salariés qui envisagent de lancer cette procédure.

Mais même ceux qui ne sont pas face aux clients se sentent encore gênés par cette affaire, qui revient régulièrement à la Une des médias du monde entier. «Déjà, avant Kerviel, l'opinion jugeait les banques comme les grandes responsables de la crise, et travailler dans la finance était une tare. Puis cette affaire explose, et on est d'un seul coup assailli par une foule de journalistes affamés de tout commentaire en bas de la tour à La Défense, les critiques fusent, la peur de voir la Société Générale couler ou rachetée, de perdre son emploi, etc. Et près de deux ans après, le tribunal condamne Kerviel à payer 4,9 milliards, suscitant encore de vives réactions de toutes parts», réagit un ancien de la Société Générale, qui travaillait à quelques étages de la salle de trading.

«La vie quotidienne était ponctuée de piques. Si, en me présentant, je disais que je travaillais à la Société Générale, la discussion tournait directement au cas Kerviel : “Est ce que tu l'as vu ? Tu le connais ? Tu ne trouves pas que la décision de faire payer l'équivalent de 150.000 ans de salaires à Kerviel est honteuse ?, La direction était forcément au courant ?, Comment peux-tu travailler dans un groupe qui est incapable de contrôler ses traders au risque de couler ?, etc.”», poursuit cet ex-salarié, parti à Londres pour une autre banque.

 

Pertes financières depuis l'affaire Kerviel

 

Quant au préjudice financier, il semble évident : au moment où l'affaire éclate, l'action chute de 87 à 63 euros en moins de quinze jours. Soit un décrochage de 28%. Puis la descente s'est poursuivi, jusqu'à toucher 50 euros en juillet.

Cette baisse en Bourse impacte directement énormément de salariés, qui se voient proposer régulièrement des actions à prix préférentiel. En y souscrivant, ils deviennent actionnaires de la Société Générale.

Ensuite, le cours en Bourse de Société Générale a souffert, comme tout le secteur bancaire dans le monde, la chute de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008. Quelques mois après, en mars 2009, le titre est au plus bas depuis 1998, à 18 euros. Après s'être repris, à plus de 50 euros début 2010, il dégringole de nouveau sur fond de craintes de faillites d'État, dont les banques sont les créancières, en Europe. Depuis, la Grèce et l'Irlande ont été sauvées. Mais le Portugal et l'Espagne sont les prochains sur la liste, et s'ils venaient à faire défaut, la banque serait inévitablement impactée. Le cabinet KBW chiffre en effet à 21% l'exposition de la Société Générale à la dette des PIGS, c'est-à-dire du Portugal, de l'Irlande, de la Grèce et de l'Espagne.

 

 

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