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Le journal du Dimanche 9 décembre 2010

10 Décembre 2010, 17:12pm

Société Générale: La revanche de la "piétaille"? 

Quatre employées de la Société Générale assignent la banque au civil pour un préjudice moral et financier 

consécutif à la perte de 5 milliards d’euros par le trader Jérôme Kerviel en 2008. Plus qu’une redite du procès pénal 

qui avait abouti à la condamnation du trader, cette nouvelle procédure se veut une revanche pour les salariés de la 

banque. 

Au mois d’octobre, un premier procès, au pénal, avait consacré la responsabilité d’un seul homme, Jérôme Kerviel, 

manipulateur qui avait échappé aux contrôles et fait perdre à sa banque cinq milliards d’euros en 2008. Pour cette 

nouvelle procédure, au civil, cette fois, quatre employées de la Société Générale espèrent que la banque sera enfin 

reconnue responsable. “Mes clientes, qui travaillent pour la banque de détail, en veulent beaucoup plus à la banque qu’à 

Kerviel”, indique jeudi au JDD.fr l’un de leurs avocats, maître Daniel Richard. 

Préjudice financier et préjudice moral 

Ces quatre femmes, qui travaillent encore pour la Générale, dans le sud de la France, estiment avoir été durement 

touchées par l’affaire Kerviel, notamment sur le plan financier. “Elles avaient investi leurs économies dans le fond 

d’épargne salariale de la Société Générale, explique Daniel Richard. Parfois 50.000, 100.000 ou 200.000 euros. Elles 

ont vu fondre leur épargne comme neige au soleil.” Les pertes engendrées par l’affaire Kerviel seraient responsables à 

hauteur d’un tiers des baisses spectaculaires enregistrées par les épargnes des plaignantes. “En effet, alors que le CAC 

40 (...) baissait sur l’année 2008 sous l’effet de la crise financière mondiale (...) de 40 %, l’action de la Société Générale 

baissait quant à elle d’environ 65 %”, indiquent les assignations devant le tribunal de grande instance de Nanterre, que 

s’est procuré leJDD.fr. 

Le préjudice moral est tout aussi important, selon maître Richard. “Certaines de mes clientes travaillent dans un service 

‘succession’. Elles sont au contact des clients, explique l’avocat. Elles ont été insultées. Elles ont été traitées de voleuses, 

on leur disait: ‘vous perdez 5 milliards et vous m’ennuyez pour un papier?’” Pour ces plaignantes, la pression et le stress 

subis par les salariés de la banque de détail sont le résultat des errements des traders et des responsables de la banque 

d’investissement. Selon Daniel Richard, ce second procès est l’occasion d’une “revanche de la piétaille sur la race des 

seigneurs”. 

Une action qui “n’arrange pas les choses” 

De son côté, la CGT de la Société Générale ne partage absolument pas cette vision. “Ce sont des actions qui font passer 

l’intérêt individuel avant l’intérêt collectif”, regrette Michel Marchet, délégué national du syndicat, qui estime que “la 

condition des salariés de la Société Générale n’est pas une affaire de justice”. “On discute avec la direction sur les 

salaires, sur les processus d’évaluation des salariés, indique le syndicaliste. On cherche à obtenir des garanties en 

matière de localisation des emplois.” “ L’action de ces gens-là n’arrange pas les choses”, assure-t-il au JDD.fr. 

Pas de quoi faire douter Daniel Richard, qui se dit “absolument sûr de gagner.” “D’une part, la Société Générale doit être 

condamnée pour défaut de contrôle. D’autre part, comme tout employeur, elle doit répondre des fautes de son employé, 

Kerviel”, affirme-t-il. “J’ai une chance au grattage, une chance au tirage, en quelque sorte”, plaisante le conseil des quatre 

salariées, qui espère obtenir pour chacune d’elles 15.000 euros de dommages et intérêts. En attendant le début des 

audiences, la Société Générale, jointe par leJDD.fr, n’avait jeudi “pas de commentaire à faire”, mais indiquait être “en 

train de prendre connaissance des éléments de ce cette procédure”. Les plaignantes, elles, espèrent une décision de 

justice d’ici quelques mois. 

Adrien Gaboulaud - leJDD.fr 

Jeudi 09 Décembre 2010 


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