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Le Parisien le 9 décembre 2010

10 Décembre 2010, 17:26pm


BANQUE.

Affaire Kerviel : plainte de salariés contre la Société générale

Plusieurs salariés vont poursuivre la banque pour défaut de contrôle. Une première dans ce feuilleton judiciaire dont la cible, jusqu’à présent, se limitait au jeune trader.

Jannick Alimi | 09.12.2010, 07h00

Nouveau rebondissement dans l’affaire Kerviel. Selon nos informations, des salariés de la Société générale s’apprêtent à saisir le tribunal de grande instance de Nanterre et à demander à leur employeur des dommages et intérêts au titre d’un double préjudice, financier et moral. Rappelons qu’en janvier 2008 la Société générale découvre une perte de près de 5 milliards d’euros résultant des prises de positions extrêmement risquées du jeune trader sur des « contrats à terme sur indices d’actions.  »

« Nous allons assigner la Société générale sur la base de défaut de contrôle de son trader, expliquent Mes  Daniel Richard et Richard Valeanu, les avocats des quatre agents de la Société générale à l’origine de la plainte. Nous estimons que les 5 milliards de pertes engendrées par les opérations de engagent la responsabilité de la banque. Dès juillet 2008, la Commission bancaire avait d’ailleurs condamné cette dernière à une amende de 4 millions d’euros pour de graves défaillances de son système de contrôle interne. »

Moqueries, quolibets et menaces

Pour les plaignants, ce défaut de contrôle et cette perte ont eu un impact financier sur leurs deniers personnels puisque, en entraînant une chute vertigineuse du titre Société générale en Bourse (de 55 % environ puisque l’action à la veille de la révélation de l’affaire cotait à 90 € pour chuter quelques semaines plus tard à 40 €), leur épargne en tant qu’actionnaires-salariés (les quelque 140 000 salariés détiennent 7 % environ du capital de la banque) en a pâti directement.

Autre motif de plainte : le préjudice moral. « Les salariés, notamment tous ceux qui sont en contact avec la clientèle, ont vécu des moments très difficiles en 2008, lorsque l’affaire Kerviel a éclaté, et les mois suivants. Ils ont eu à subir des moqueries, des quolibets, voire des menaces de la part de clients en colère parce qu’on venait de leur refuser un crédit ou comptabiliser des agios, soulignent Mes Richard et Valeanu. D’ailleurs, la Société générale leur avait distribué un guide antistress, ce qui constitue la reconnaissance de ce malaise. Récemment, la directrice de la communication de la banque elle-même soulignait les traumatismes causés aux salariés à l’époque par cette affaire. C’est d’autant plus inadmissible que les dirigeants ont continué à percevoir leurs stock-options. Nous allons demander 15 000 € par salarié en guise de réparation. » Cette démarche est contraire à celle de la banque qui a toujours considéré que Kerviel était le seul responsable des 5 milliards d’euros de pertes. C’est sur cette ligne qu’elle a elle-même attaqué Jérôme Kerviel pour fraude. Le 5 octobre, le tribunal correctionnel de Paris a condamné le trader , qui a fait appel de la décision.

 

Le Parisien

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