Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les Echos le 22 juin 2010

25 Juin 2010, 21:48pm

Qui êtes-vous M. Kerviel  ?

[ 22/06/10  - 15H46  - Les Echos  - actualisé à 19:28:46  ] 

 

«Qui êtes vous M.Kerviel ?»  a insisté mardi le président du tribunal. Au bout de onze jours d'audience la question reste entière.

VALERIE DE SENNEVILLE (au Palais de Justice de Paris), Les Echos

Le président l'a demandé plusieurs fois : «Mais qui êtes vous donc M. Kerviel ?». Depuis le début du procès, la question revient comme une antienne et les onze jours d'audience n'auront pas réussi à y répondre. «C'est la dernière perche que je vous tends», insiste Dominique Pauthe à un Jérôme Kervielcampé dans son attitude à la fois lisse et arrogante. «Qui je suis ? Dans le cadre du dossier ?» Jérôme Kerviel ne comprend toujours pas la question, et il répète : «Je suis quelqu'un qui essaye de faire son travail le mieux possible. En aucun cas je ne voulais faire du mal à la banque». «Il n'y a donc pas de mystère Kerviel ?», interroge le président ; réponse de l'ex-trader : «il n'y a pas de mystère Kerviel». Alors las, le président conclut : «il y a juste une affaire Kerviel». Et pourtant, il reste encore de nombreuses questions.

Auparavant, appelé à témoigner, l'ex-PDG de la banque, Daniel Bouton a dit ne pas comprendre comment dans les derniers temps où il se savait découvert, Jérôme Kerviel avait pu de la «main gauche» envoyer des textos dans lesquels il disait savoir «qu'il est en train d'être pris. De la main droite, il clique pour augmenter une position qu'il sait être potentiellement mortelle pour la banque. Pourquoi ?»

«Catastrophe»

L'ancien PDG a qualifié de «catastrophe»  la «fraude» de son ex-trader. «La confiance était rompue», s'est-il exclamé. Brillant, intelligent, le verbe sûr, il met à bas la défense de l'ex-trader. Jérôme Kerviel écoute. Aucune émotion n'apparaît sur son visage pendant que Daniel Bouton raconte les 48h qui ont conduit à la découverte des positions qu'il avait prises : «Cinquante milliards c'est monstrueux quand je l'ai appris dix étages de plancher se sont écroulés sous mes pieds», raconte l'ex-PDG. Il sait tour à tour manier la pédagogie et l'humilité : «J'ai très vite compris qu'il y a eu des défaillance dans le contrôle». Mais il explique que, de toute manière, Jérôme Kerviel aurait déjoué tout système par son ingéniosité. Daniel Bouton sait aussi parfaitement jouer de l'émotion : «je fais souvent un rêve c'est qu'avant la fin de ce procès, Jérôme Kerviel dise à ses 150.000 anciens collègues : oui j'ai menti, je reconnais qu'à aucun moment un membre de la banque m'a poussé à prendre des positions directionnelles. Je voudrais que M. Kerviel essaye d'être sincère pendant 30 secondes : qu'est ce qu'il a voulu faire ?».

«Vous avez vu l'impact réel des agissements qui ont été les vôtres», demande Dominique Pauthe à l'ex-trader qui reste impassible. Jérôme Kerviel, s'il admet des «actes débiles qui auraient pu être graves», refusent cependant toujours de les assumer seul. «Mais ce n'est pas du conditionnel, ça a été grave», l'interrompt le juge qui tente lui aussi de comprendre. Il semble que l'attitude obtuse de Jérôme Kerviel le désarme. «Humainement comment vous ressentez ce que vous avez fait !», répète inlassablement le président.

Olivier Metzner, l'avocat de Jérôme Kerviel a sa tête des mauvais jours, il sait sans doute, que le témoignage de l'ex-PDG est en train de faire de faire perdre de nombreux points à son client. L'avocat n'arrive pas à le désarmer l'ex-PDG qui décrypte la stratégie de la défense pour ceux qui ne l'aurait pas encore comprise : «M.Metzner dit la banque pouvait savoir, le devait-elle ? il y a une différence entre les deux. Dire ils (les supérieurs hiérarchique Ndlr) savaient c'est dire ils avaient conscience. Or quand on entre dans l'inconcevable il est très difficile d'avoir conscience ».

«Vous êtes certainement le meilleur communicant et le meilleur avocat de la Société Générale», s'exclame Daniel Richard, un avocat de salariés actionnaires de la banque. En une journée Daniel Bouton a réussi a redonné un peu de lustre à l'image de la banque quelque peu malmené par la défense depuis le début du procès.

Commenter cet article