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Médiapart le 7 février 2013

9 Février 2013, 18:17pm

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Dans le même temps où le gouvernement américain porte plainte contre Standard & Poor’s pour avoir conçu et exécuté un système destiné à tromper les investisseurs, Monsieur Pierre Moscovici, ministre des finances, de l’économie et du commerce extérieur était l’invité du 7-9 de France Inter.

Interrogé par Patrick Cohen, dans la seconde partie de l’émission (Interactiv’, voir http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=557855, 1’40’’) sur la loi bancaire à venir et sur la nécessité pronostiquée par son homologue britannique George Osborne, en cas de mauvaise volonté avérée, d’« électrifier la clôture entre les banques de dépôt et les activités de marché spéculatives », il faisait valoir que le modèle de la Grande-Bretagne n’était pas du tout celui de la banque universelle en vigueur en France. Il ajoutait que l’objectif de cette future loi était que « l’argent des épargnants soit protégé de la spéculation ».

Si le mot « conflit d’intérêts » a bien été prononcé, c’est simplement pour en nier l’existence dans  les relations entre le ministre et son collègue du budget chahuté par Mediapart, mais en aucun cas pour qualifier le comportement des banques stigmatisé dans l’article ’Banque Postale, Caisse d’Epargne, BNP Paribas… A qui le tour ?’ publié dans ces mêmes colonnes le 29 janvier. De là on peut conclure que Monsieur le ministre ne ressent nul véritable empressement à protéger les épargnants de la « volonté pernicieuse [des banques} de gagner de l'argent sur le dos des épargnants » dénoncée par Maître Daniel Richard sur son blog (http://danielrichardavocat.over-blog.com/).

Pourtant, le conflit d’intérêt est bien avéré dans le cas des banques qui ont proposé à leurs clients des fonds à formule, produits pour lesquels la promesse s’est systématiquement soldée au détriment des clients. Les ressorts intimes du mécanisme de ces véritables machines à perdre sont recensés dans l’article ‘Doubl’Ô : publicité trompeuse, conflit d’intérêts, petits mensonges, fausses excuses … grosses ficelles’ qui s’appuie sur le cas de Doubl’Ô de la Caisse d’Epargne ; il a été publié dès septembre 2010 dans l'Agora des Caisses d’épargne, des Banques populaires et de Natixis.

Pour mémoire, les ingrédients de base en sont la conception d’une formule ésotérique incompréhensible du commun des mortels et des souscriptions menées à marche forcées en s’appuyant sur une vigoureuse campagne de commercialisation, sans s’encombrer de scrupules excessifs. Il ne reste plus alors qu’à laisser mijoter à feu doux, pendant six à dix années, en ayant eu soin d’empocher la mise dès le départ. Pile je gagne, face tu perds !

On se souviendra pourtant peut-être que Pierre Moscovici avait déclaré, sur la même station, le 7 juin 2011 : « Donnons aux magistrats les moyens de faire leur travail » ! Mais il est vrai que c’était dans un domaine tout différent, suite à la prise de position de la candidate Ségolène Royal sur l’éventuel recours à un encadrement militaire des jeunes délinquants…

La criminalité en cols blancs condamnée par le Tribunal correctionnel de Saint-Etienne ne mériterait-elle pas que des moyens comparables soient accordés aux juges parisiens, eux qui ont été saisis d’une plainte contre X pour publicité trompeuse et escroquerie, qui n'en est toujours qu'au stade de l’instruction près de 4 ans après ? Vérité en deçà de l’élection, erreur au-delà ?...

La belle endormie de Bercy ayant amorcé son réveil, elle s’apprête à constater qu’elle a été abusée par le prince charmant durant son sommeil, à la manière de l’Alicia dont Pedro Almodovar conte le calvaire dans Parle avec elle. Mais que l’on se rassure : comme dans le film dont cette future loi semble un remake, le bébé risque fort d’être mort-né et au pire, la montagne n’accouchera sans doute que d’une chétive souris.

Même filialisées par la force très tranquille de la loi, les banques du proche futur n’ont donc pas trop à redouter que des comptes leur soient sérieusement demandés quant aux agissements dont elles se sont rendues coupables. Grande sera donc leur tentation d’y recourir derechef dès la première occasion !

Toutefois, elles seraient bien avisées de ne pas négliger le remarquable sursaut d’intérêt que reçoivent les médias à chaque rebondissement de cet inépuisable feuilleton. Les réactions et les commentaires nourris que suscite chaque péripétie, aussi longtemps après, attestent que la mémoire des épargnants semble durablement imprégnée.

Il n’y aurait donc pas de plus grande urgence, pour les banques, que de trouver les moyens d’éteindre ce feu rampant et de restituer à leurs clients  la confiance qu’ils ont perdue. A ne pas le faire, elles courent le risque mortifère que s’inscrive définitivement dans le génome du client-type le reflexe de détaler des quatre fers dès qu’une publicité bancaire lui vante les mérites de « produits innovants » !

En attendant, si vous voyez votre banquier sauter par la fenêtre, continuez de l’imiter sans la moindre hésitation : c’est qu’une bonne affaire se trouve à la clé…

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