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Paris Normandie le 22 Octobre 2012

29 Octobre 2012, 14:00pm

 

Gains, pertes et suicide

Société: un buraliste aux prises avec la Française des Jeux

Le buraliste de Trie Château, Michel Chomin, estime faire office de bouc émissaire

Le buraliste de Trie Château, Michel Chomin, estime faire office de bouc émissaire

C'est une affaire singulière qui secoue la petite commune de Trie Château (Oise), aux portes de Gisors. Michel Chomin, buraliste à la tête du «Chiquito» depuis 11 ans, a été privé en juillet dernier par la Française des Jeux (FDJ) de son agrément. Le commerçant n'est donc plus autorisé à enregistrer les grilles du Loto ou à vendre des tickets à gratter. Une situation «abusive» selon lui et qui vient de l'inciter, via son avocat parisien Me Daniel Richard, à assigner la FDJ devant le tribunal de Nanterre.
Derrière ce combat se cache un drame. La décision prise par la Française des Jeux est en réalité intervenue à la suite du suicide d'un jeune homme de 23 ans, Benjamin Cavallon. Originaire de la commune voisine de Chaumont-en-Vexin, l'intéressé venait jouer des sommes folles, qu'il réglait par chèques ou chèques de banque. «Il pouvait jouer 4000 comme 16000€, reconnaît Michel Chomin. Je l'ai pris deux fois derrière mon bar pour le raisonner. Des clients aussi l'ont averti. Mais il continuait.»
D'après le père de la victime, son relevé bancaire affichait même des dépenses de 150000€ en mai dernier. «Je n'ai rien contre le buraliste, indique Jean-Jacques Cavallon. Mais les sommes qu'il avance sont inexactes. C'était parfois 13000€, d'autres fois 25000€. Or le bar l'a laissé faire.»
Mais où donc le jeune homme trouvait-il cet argent? «Il gagnait très souvent, poursuit son père.Il avait trouvé une méthode qui lui réussissait bien. Et il pariait aussi sur le sport.»
Totalement pris par le jeu et incapable de s'arrêter, Benjamin Cavallon avait auparavant été interdit de casinos. L'intéressé s'était alors tourné vers d'autres jeux de hasard. Avec succès, puisqu'il aurait remporté le gros lot plus d'une centaine de fois!

Cette martingale avait soulevé quelques interrogations du côté de la FDJ, laquelle avait même décidé de mener une enquête sur lui. «Mais en ce qui me concerne, elle ne m'a jamais demandé de ne plus lui vendre de tickets ou de ne plus valider ses grilles, raconte Michel Chomin.La seule fois où j'ai eu un contact avec la Française des Jeux au sujet de ses mises, c'était pour me demander s'il payait bel et bien ses grilles ou ses tickets.»
Agacé par la tournure des événements, Michel Chomin précise au passage n'avoir eu affaire au jeune homme que durant une courte période: «Je l'ai connu peu de temps avant son suicide. Il n'a joué ici que deux mois. Avant, il allait à Chaumont-en-Vexin. Son addiction au jeu était beaucoup plus ancienne.»
Sanctionné par la FDJ, le buraliste a également fait l'objet d'une convocation par les gendarmes dans le cadre de l'enquête sur le suicide de Benjamin Cavallon. Une enquête portant aussi sur les gains extravagants du jeune homme et la somme de 50000€ retrouvée dans sa voiture avant qu'il ne se jette du haut du pont de Gennevilliers. «On me fait porter un chapeau bien trop grand», commente le buraliste.
Un avis partagé par son avocat. «La victime, c'est mon client. Son commerce est montré du doigt, alors qu'il n'a jamais reçu de mise en garde. La FDJ a peur qu'on lui reproche la mort du joueur et préfère désigner d'autres responsables.»
Il appartient maintenant à la justice de trancher. L'affaire de rupture abusive de contrat mettant aux prises le buraliste et la FDJ sera jugée le 22novembre.

  • Réaction de la Française des Jeux

Contactée, la Française des Jeux s'est exprimée par le biais de son service communication: «Ce buraliste avait été formé en2007 et2009 à Senlis, dans l'Oise. Il n'a pas respecté ses obligations contractuelles, en acceptant le crédit, mais aussi des chèques qui ne sont pas au nom du joueur.»

  • La colère et la douleur d'un père

Jean-Jacques Cavallon, père du joueur ayant mis fin à ses jours, n'apprécie pas la procédure menée par le buraliste: «Il devrait rester silencieux et respecter le drame que nous vivons. J'ai des preuves écrites et sonores sur le fait qu'il encourageait mon fils à jouer et lui demandait des chèques de caution.»

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