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Le Figaro le 22 Octobre 2012

29 Octobre 2012, 13:56pm

Figaro

 

«Le jeu addictif est une cause importante de suicide»

INTERVIEW - Pour Marc Valleur, psychiatre et spécialiste de l'addiction au jeu, il existe des traitements très accessibles pour soigner ces comportements.

Un buraliste a assigné la Française des Jeux qui lui avait retiré son agrément à la suite du suicide d'un joueur qui avait perdu des dizaines de milliers d'euros.

Marc Valleur est psychiatre à l'hôpital Marmottan, spécialiste de l'addiction au jeu, membre de l'observatoire du jeu, auteur de Le désir malade (JC. Lattès).

LE FIGARO.- Y a-t-il un lien entre l'addiction au jeu et la tentation du suicide?

MARC VALLEUR. - Une étude réalisée à Honk-Kong indique que 10 à 12 % des gens qui ont une addiction au jeu pensent au suicide. Le schéma est classique: surendettement, dépression, tentative de suicide, suicide. Il y a donc un lien entre le jeu excessif et l'idée du suicide. Certes, cela vient loin après l'alcool mais le jeu addictif est une cause importante de suicide. Il n'y a pas d'étonnement à avoir. Il faut en avoir conscience et c'est un peu facile d'accuser la Française des Jeux.

La Française des Jeux a-t-elle justement une part de responsabilité?

La Française des Jeux a mis en place une politique effective de prévention de l'addiction des jeux en formant les détaillants. C'est un travail titanesque puisqu'ils sont près de 40.000 mais par rapport à d'autres pays cette politique est bien mise en œuvre. On cherche à passer de la culture de l'incitation à la vente à une culture plus responsable. Il est de toute façon difficile de dissuader une joueur d'arrêter car il croit toujours qu'il va se refaire et va arrêter cette fois-ci. Mais on peut par exemple travailler sur la limitation des montants.

Une meilleure prévention est-elle possible?

Pour un joueur qui est vraiment accro, le jeu est aussi fort qu'une drogue ou que l'alcool. Les études nous indiquent que 0,4 % des joueurs sont pathologiquement en addiction. Et que 0,8 % sont des joueurs “à problèmes”, c'est-à-dire que le jeu est vraiment un problème pour eux. Il existe des traitements très accessibles. Mais les centres de soins spécialisés seraient plus efficaces si les sommes légalement prélevées sur les enjeux étaient effectivement versées à ces centres pour ce travail de prévention et de traitement. Ce n'est malheureusement pas le cas…

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