En lançant ce fonds fin 99, La Poste a manqué à son devoir d'information. 300.000 épargnants sont tombés dans le piège.
Il n'est pas toujours payant de rouler des mécaniques. C'est ce qu'a pourtant fait La Poste en lançant, en décembre 99, en pleine euphorie boursière, un fonds appelé Bénéfic et présenté comme l'épargne musclée, justement. Au lieu de muscles, les souscripteurs de Bénéfic sont plutôt tombés sur un os. Le fonds promettait 23% de valorisation sur trois ans à condition que l'indice CAC 40 fasse 0% ou plus, ce qui paraissait à sa portée à l'époque. Le célèbre indice a finalement baissé de moitié environ. Moyennant quoi, les porteurs de parts ont perdu plus de 20% de leur mise. L'affaire ne s'arrête pas là. La semaine dernière, Daniel Richard, un avocat spécialisé dans la défense des épargnants, a adressé un courrier au président de La Poste au nom des souscripteurs qu'il défend. Il observe qu'aucun exemple chiffré figurant dans le dépliant de Bénéfic ne se traduisait par une perte pour le souscripteur. Pis : ce dépliant n'évoque jamais le mot «actions» et ne dit même pas ce qu'est le CAC, sinon que cet indice s'appuie, je cite : «sur la croissance des plus importantes entreprises françaises». Estimant que l'information détaillée fournie sur Bénéfic n'est accessible et compréhensible que par une minorité de la population, maître Richard a considéré que La Poste a manqué à son devoir d'information et de conseil et il invite son président à lui faire part de ses propositions d'indemnisation amiable. Il est vrai que le nombre de souscripteurs de Bénéfic, 300 000 selon Le Parisien, est tel que La Poste peut difficilement prétendre qu'ils mesuraient tous les risques pris. De toute évidence, l'établissement public n'aurait jamais dû faire une offre pareille. Les responsables de ces activités financières ont fait courir des risques exagérés à une clientèle qui faisait confiance à l'image sécurisante de la maison. Retrouver cette confiance a forcément un prix.
F. de Witt