AGEFI Actifs
C
A D R E L É G A L ACTUALITÉ 8 N° 269 -SEMAINE DU 29 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE 2006
C’est une victoire pour La
Banque Postale. A cinq reprises, la chambre commerciale de la Cour de cassation a jugé que les informations transmises aux épargnants lors de leur souscription à un produit de la gamme Bénéfic n'étaient ni trompeuses, ni incomplètes (1). Selon la Cour, la société n’a pas failli à ses obligations contractuelles d’information et de conseil.
« En se déterminant par référence
au seul document publicitaire et
sans rechercher, comme elle y était
invitée, si la notice d’information
remise [à l’épargnant] faisait mention
du risque lié à la baisse du CAC 40, la juridiction de proximité n’a pas donné de base légale à sa décision » , relève notamment l'arrêt,
qui laisse évidemment insatisfaites les associations ayant engagé des actions contre La Poste.
Continuité des décisions. Ces
décisions ne sont pas vraiment surprenantes. Ainsi, comme l’explique La Banque Postale dans un communiqué - qui constitue d’ailleurs sa seule réaction -, « sur
une centaine de contentieux portés devant les tribunaux, 70 jugements ont été rendus, dont 61 sont favorables à La Poste » . Cet arrêt est
donc conforme à la jurisprudence actuelle (lire avis d’expert) , mais
également à la décision de la commission des sanctions de l’autorité des marchés financiers (AMF), qui avait prononcé, en décembre 2005, la mise hors de cause de La Poste sur cette même affaire, arguant notamment que « la notice d’information
respecte les dispositions du règlement de la COB sur les OPCVM » et que « les bordereaux
de souscription mentionnent que la notice d’information, établie conformément à la réglementation, avait été remise comme il se doit à tous les souscripteurs » .
Que cette décision s’inscrive dans la continuité d’autres déjà rendues n’empêche cependant pas qu’elle pourrait avoir des répercussions sur les actions encore en cours contre La Banque Postale. Ainsi, plusieurs décisions d'appel, notamment sur le plan pénal, pourraient s’inspirer de ces arrêts.
Epilogue. Le 27 septembre, la
cour d'appel de Paris, statuant au pénal sur la publicité mensongère dans une affaire opposant La Poste à l'association des usagers des banques (Afub) sur les deux premières vagues de commercialisation de produits Bénéfic en octobre et en décembre 1999, a écarté la prescription mais a jugé que l'infraction n'était pas constituée. Le 23 octobre prochain, la même cour va statuer sur une affaire identique mais il y a peu de chance pour que la tendance s'inverse. L’épilogue de cette affaire n’est pas encore pour aujourd’hui, l'Afub ayant décidé de se pourvoir en cassation. Par ailleurs, un arrêt d'appel est attendu au mois de décembre et un autre, en cassation, courant 2007, entre La Banque Postale et l’Association d’aide contre les abus bancaires (AACAB). D’ailleurs, réagissant aux derniers arrêts de la Cour de cassation, Jean-Jacques Defaix, président de cette association, se déclare « curieux de voir quelle
serait la réaction de la Cour européenne à ces arrêts ». Une remarque
qui laisse peu de doute sur l'intention de l'association de saisir le juge européen si la Cour se prononçait en faveur de La Poste.
Franck Joselin
(1) Certaines décisions de première
instance émanaient, compte tenu
de la modicité de l'enjeu du litige
(moins de 1.500 euros), de la juridiction
de proximité, donc de magistrats
non professionnels
La cour de cassation statue en faveur
de La Banque Postale DEVOIR DE CONSEIL
L'affaire pourrait un jour
être soumise à la cour
européenne
L’offre Bénéfic de La Poste a porté sur
une gamme de cinq fonds distribués
entre octobre 1999 et décembre 2000.
Ces produits ont totalisé une collecte
totale de 1,5 milliard d’euros pour plus
de 300.000 souscripteurs.
Le principe de fonctionnement de
cette gamme était simple : ces fonds
à capital protégé, à échéance trois ans
et indexés sur le CAC 40 ou sur le Dow
Jones EuroStoxx 50 (selon les produits),
assuraient à leur porteur un rendement
fixe de 23 % à l’échéance si l’indice de
référence était positif, et un rendement
de 23 % minoré de la performance
de l’indice si celle-ci était négative.
Une performance de l’indice inférieure
à -23 % engendrait donc une perte
en capital pour le souscripteur.
Capital protégé mais
non garanti
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L'Agefi Actifs. - Les récentes décisions
de la Cour de cassation sur l’affaire Bénéfic
sont-elles surprenantes ?
Daniel Richard. - La cour a rendu un verdict
tout à fait conforme à sa jurisprudence depuis quinze ans. Par cet arrêt, elle a jugé que les épargnants avaient été correctement informés. C’est une porte qui se ferme pour les épargnants qui ont perdu de l'argent après avoir souscrit le produit Bénéfic.
Sur quels fondements La Poste a-t-elle été attaquée ?
- Certaines actions ont été lancées sur le fondement
de l’article 1147 du Code civil portant sur le devoir contractuel
d’information et de conseil. D’autres actions ont été engagées
sur le plan pénal, sur le fondement de la publicité mensongère.
Les épargnants ayant choisi de s’engager sur le terrain pénal
avaient, a priori , moins de chances d’obtenir gain de cause.
En effet, les infractions pénales sont plus étroitement délimitées que le devoir de conseil et d’information. Mais, paradoxalement, cette voie a aujourd’hui peut-être davantage de chances d’aboutir que la voie civile. Celle-ci vient en effet d'être fermée par les arrêts de la Cour de cassation. Quoi qu’il en soit, les décisions de la cour influenceront très certainement les prochaines décisions des cours d’appel, au pénal ou au civil, et ce, quel que soit leur fondement.
Pour quelle raison les principaux faits
de l’affaire Bénéfic ne sont-ils pas prescrits,
comme l’ont parfois déclaré certains tribunaux ou l’Autorité
des marchés financiers ?
- Sur le plan civil, la prescription des faits est trentenaire. En revanche,
sur le plan pénal, elle n’est que de trois ans et pourrait donc s’appliquer
pour certains produits de la gamme Bénéfic. Cependant, lors de
son réquisitoire devant la cour d'appel de Paris, dans le cadre du procès
en appel de l'Afub contre La Poste, l'avocat général a déclaré que,
dès novembre1999, une procédure avait été ouverte à Nanterre
à l’encontre du promoteur des produits Bénéfic et que, par « connexité »,
cette procédure avait interrompu la prescription à Paris. Sur cette affaire,
la cour d'appel de Paris pourrait donc décider que la prescription n’est pas
opposable aux plaignants. la cour n'est nullement tenue de suivre
les réquisitions de l'avocat général.
« La cour a rendu un verdict conforme à sa jurisprudence depuis quinze ans »
Daniel Richard, AVOCAT À LA COUR
La chambre commerciale de la Cour de cassation
vient de rendre cinq arrêts en faveur de La Banque Postale (anciennement La Poste) dans l’affaire Bénéfic
Selon la cour, La Poste a respecté ses obligations
contractuelles mais le résultat de plusieurs procès en appel ou en cassation est encore attendu